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Le noir (article adulte n°6)

Le noir a un avantage, il ne se dévalorise pas si le tableau est mal éclairé (Cézanne).

Vous vous échauffez à chercher une couleur… et vous mettez une petite pointe de noir (Renoir).

Introduction :

Le noir intrigue. Il provoque beaucoup de questionnements :

Faut-il l’utiliser en peinture, est-ce salissant (!), est-ce une couleur, comment son utilisation sera-t-elle comprise…?

La perception que l’on a du noir dépend de la culture, l’éducation, l’époque, la religion, la philosophie et la sensibilité personnelle.

Les temps

Les temps / Encre de Chine 50 x 65 cm / N. Le Clerc

Historique et physique :

Les Hommes de la préhistoire utilisaient pour le graphisme noir le dioxyde (ou bioxyde) de manganèse, le charbon de bois ou d’os, le graphite naturel…, le burin et le grattoir pour obtenir du relief, une couleur sous-jacente et une ombre noire. Liants : eau, graisse.

Le noir est-il une couleur ? Ce n’est qu’une question de terminologie. Vous y apporterez l’importance que vous voulez. Le blanc comme le noir sont en fait la somme ou l’absence de toutes les couleurs, donc on peut considérer que ce ne sont pas des couleurs… et pourtant la terre tourne et les tubes de peinture existent !

On peut considère que ce sont des valeurs (degré d’obscurité ou de clarté) extrêmes. Le terme de ton est synonyme de valeur, mais confus car il est aussi synonyme de teinte.

 

– Le chimiste Eugène Chevreul (1786-1889) fait une roue des couleurs. Le noir est absent du cercle chromatique des couleurs de synthèse soustractive du peintre.

En synthèse soustractive (réflexion de la lumière sur une image ou une palette de peintre et couleurs primaires jaune, magenta, cyan), l’addition des couleurs donne du noir. Ce noir est dans la pratique approximatif : pureté incertaine et dosage des couleurs primaires difficile. Chaque substance reflète une couleur déterminée avec réduction des couleurs qui l’absorbent.

– En synthèse additive (rayons lumineux et couleurs primaires bleu vert rouge), l’addition des couleurs donne du blanc. Son absence donne du noir.

 

Le noir était autrefois considéré comme important. L’invention de l’imprimerie lui a même donné un statut particulier.

La théologie catholique avait banni le noir de la représentation en le réservant au deuil (monde souterrain). La renaissance fait réapparaître le noir pour mettre en valeur la mode de la blancheur de peau. Actuellement, le vêtement noir est souvent associé à une chevelure blonde abondante.

Dans toutes les religions, il indique entre autres significations la mort, même s’il est la pureté originelle dans le symbolisme indien (l’immortel Krisna).

Les Chinois l’associent au Yin féminin, instructif, maternel.

Dans les symbolismes originels, il est à la fois commencement et fin : déesses mères et vierges noires des chrétiens, musulmans, hindous.

Avant le XIXe, le noir était réservé à la grande bourgeoisie et la noblesse. Elle reste liée à une idée d’élite (exemple de l’automobile d’un ministre…).

Newton, par la décomposition du spectre lumineux, présente les couleurs avec une mise à part du blanc et du noir qui ne seront plus considérés comme des couleurs pendant 3 siècles. Par la suite, l’art, la science et la société lui redonnent son statut de couleur.

La couleur, et le noir en particulier, n’est pas qu’une affaire de pigment :

– Le noir est l’absence de lumière : l’ombre, la nuit, le noir absolu souterrain mat et sans les reflets d’une peinture ou teinture, qui ne peut être effacé que par la lumière artificielle.

– Exemple : la structure photonique des contours d’ailes du papillon australien « Papillo ulysses » sont constitués d’écailles en nid d’abeilles qui piègent la lumière. Le noir plus profond rend plus lumineux le bleu des ailes par contraste, à des fins de séduction.

Les symboliques du noir en Europe, vertus, vices ou particularités : humilité, respectabilité, autorité, deuil, pénitence, mélancolie, pessimisme (broyer du noir, idées noires, noirs desseins, black munday des écoliers anglais, pierre noire marquant les jours néfastes des romains…). Tout ce qui est mal, malveillant et faux (chat noir…). Pas de médicaments noirs qui seraient mal acceptés. Pourtant, une perle noire porte bonheur.

Les couleurs valent surtout par leurs relations. Le noir est classiquement opposé au blanc dans un contraste maximum (damier…). Il est aussi opposé au rouge dans les cartes à jouer.

Encre de Chine

Gardien de phare / Encre de Chine 50 x 65 cm / N. Le Clerc

Le noir est-il une couleur chaude ou froide ?

Le noir correspond aux ténèbres et est souvent considéré comme froid, s’il est neutre. Comment savoir s’il est neutre ? Par dilution. S’il penche légèrement vers le rouge (ou le brun), il est chaud. S’il penche vers le gris neutre, ou plus encore vers le bleu, il est froid. Ce ne sont que des nuances subtiles, parfois utiles par exemple pour choisir une encre de chine…

D’autres veulent tout de même le considérer plutôt comme chaud car le charbon noir vient du feu rouge et chaud. Comme vous voulez !

Ce ne sont que nuances et impressions, car un noir éclairci par du blanc qui donne un gris sans dominante est neutre.

Quels sont les appellations des variantes du noir en français ?

Noir oxyde de fer pur, noir de manganèse pur, noir furnace, noir d’ivoire, noir de mars, noir intense, noir de vigne, noir de bougie, noir minéral, noir de pêche, noir olive, noir neutre, noir de fumée, noir de carbone, noir de jais, aile de corbeau, charbonneux, dium, sable héraldique, réglisse, oscuro, moreau, ébène, hoto…

Les noms de couleurs n’ont pas de valeur contractuelle. Chaque profession a développé des nuanciers avec des noms et des codes de couleurs. Les noms usuels désignent une plage de couleur, d’autant que la reproduction précise d’une couleur n’est pas toujours aisée.

Dans la pratique :

 Le noir pourra servir à rabattre (foncer) une couleur.

Il pourra, comme le blanc mettre en valeur par contraste sans influer trop sur les équilibres harmoniques des couleurs.

Il pourra agir sur le relief d’une image :

     – Sensation naturelle d’éloignement de la zone noire d’une image

     – Ombre.

Le graphisme artistique à l’encre :

Les encres peuvent être obtenues à partir de différentes peintures et pigments. Elles peuvent être noires ou colorées : habituellement l’aquarelle, l’acrylique ou l’encre de Chine. Ce ne sont que des « matériaux » à disposition, donc pas de style nécessaire ou obligatoire. Bien des peintres actuels ou du passé préparent une oeuvre ou travaillent pour la seule finalité fusain ou encre. Toutefois, certains domaines du graphisme, techniques et cultures ont donné une importance particulière au noir.

LA SHODO : C’est la calligraphie japonaise.

LE SUIBOKUGA : C’est le lavis japonais à l’encre de Chine.

LE SUMI-E :

C’est une manière de peindre originaire de Chine, introduite au Japon il y a 5 siècles, qui fait appel au Zen et au Yin Yang.

La peinture est monochrome, proche de l’aquarelle, à l’encre et dérivée de la calligraphie.

La suggestion passe avant le réalisme. Il faut aller à l’essentiel dans la sobriété (1 papier, 1 encre, 1 pinceau), anticiper les gestes dans une posture équilibrée en une respiration sans nœud. Le geste est réfléchi et maîtrisé dans le contrôle et la spontanéité. Pas de correctif possible : on recommence !

L’aspect est épuré par les formes, lumières et ombres, bien loin de notre monde d’abondance.

Le vide (blanc) a une importance égale au tracé noir. Il doit y avoir contraste et harmonie entre le blanc et les tracés nerveux de l’encre.

Les sujets abordés sont souvent les symboles de la peinture sino-japonaise.

Renoir

Pierre-Auguste Renoir / Extrait du Moulin de la Galette / 131 x 175 cm

Dans une autre classification, le maître Pierre-Auguste Renoir.

Des zones noires… qui ne sont pas noires !

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